Des hauts et des bas

Réussir une étape de 121 km (le 11 mai) avec un vélo qui une fois chargé pèse près de 75 kg, c’est une performance. Alors on se prend à rêver parce que forcément, pour partir en voyage, il faut être un peu rêveur. Enfin, je ne sais pas à quoi a pensé Olivia, mais dans ma petite tête, les chiffres se sont envolés, nous allions enjamber les montagnes. Mais avait-on vraiment conscience d’être au pied d’une montagne ? Le Grootberg sur la carte, c’est un col, et des cols en Namibie, nous en avons passé plusieurs. Ils ne sont jamais très hauts, avec des pentes courtes mais très fortes. Il y en a même qui sont des trous, des lits de rivières qu’il faut traverser, on descend d’abord et on monte après. Le Grootberg vu de loin, ressemble à une longue ligne droite, un faux-plat qui se redresse progressivement, mais en avançant, on découvre des virages qu’on n’avait pas vus, des petites dépressions qu’il faut franchir et dont on sort toujours par un bon raidillon. A la fin c’est un mur. J’ai regardé Olivia s’arc-bouter sur son vélo, pousser, suer, souffler et au bout d’un effort immense, atteindre le sommet. Deux employés locaux, qui travaillaient là-haut, ne se sont pas trompés, « strong woman, it’s incredible ! » ont-ils crié en chœur. Le début de la descente est vertigineux, il ne s’agit plus de faire avancer le vélo mais de le retenir. Puis ça monte de nouveau, dur, sur la tôle ondulée et le sable, sous la chaleur et dans la poussière. La descente du col est une montée incessante ! Le lendemain ça continue, des hauts et des bas, sur la route, dans la tête, dans les pneus qui crèvent, se dégonflent et se regonflent, mais Olivia n’a plus le choix, il faut tenir, s’accrocher au guidon et accepter le lent défilement des kilomètres. Les dieux du voyage récompensent toujours l’opiniâtreté de ceux qui ne cèdent pas. La dernière étape de ce long passage sera plus douce, avec plus de descentes et des paysages d’une telle beauté qu’ils feraient presque oublier que l’on est en Namibie, dans des régions désertiques où l’air est sec, où les routes sont difficiles même si elles font l’objet d’un entretien soigneux, où chaque voiture qui passe soulève un nuage de sable, où l’on doit rester attentif aux traces de pas des animaux car ils ne sont jamais très loins. C’est ainsi qu’on a rencontré un chasseur de lions, dont le travail n’est pas de les pointer au bout de son fusil, mais de les éloigner des villages pour éviter qu’ils n’attaquent le bétail. Bien sûr, il s’est arrêté pour prévenir Olivia de leur présence et du fait qu’elle ne risquait rien. Il suffit de s’habituer à cette idée ! Nous sommes maintenant près de Twyfelfontein où nous allons prendre quelques jours partagés entre un bon repos et un peu de tourisme animalier (il y a des éléphants et des rhinocéros dans cette région). Ensuite on repartira en direction de l’océan, jusqu’à Swakopmund, le point de départ de notre « Tour de la Namibie » (un demi-tour pour moi !). Olivia totalise 2284 kilomètres, il lui en reste 700 à parcourir, mais quelle satisfaction d’arriver au terme d’un passage comme celui qu’elle vient de franchir ! et quel élan de bonheur que de recevoir les sourires éclatants des gens qui vivent ici ! Ce voyage est dur, leur vie l’est plus encore mais ils paraissent heureux, c’est un autre monde, ce voyage n’a pas fini de nous étonner ...




À bientôt

Yves

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